Mon père du narrateur - fille aux rêves.

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Pendant son temps libre, mon père buvait volontiers de la bière-picon, dans un verre publicitaire, en regardait certains de ses sports préférés, à la télévision. De premier abord, un observateur étranger aurait pu imaginer que mon père se contentait d'observer les matchs sur l'écran, en avalant sa boisson préféré, le cerveau passablement vidé par toutes les contingences extérieures. Au mieux, en train de commenter dans sa tête la beauté de la stratégie de tel ou tel joueur ou en train de faire des comparatifs d'exploits passés ou futurs. Mais, pour quelqu'un qui comme moi, avait l'expérience de mon père, je pouvais lire entre ses pensées, comme par télépathie, et sentir qu'un remue-ménage intérieur colossal se produisait, chaque fois qu'il décidait de s'asseoir, de manière reposée, devant la télévision.

En effet, confortablement installé, il élaborait des théories sur le monde et en particulier, sur la manière (en particulier) dont il fallait s'y prendre pour gagner sa vie, quels métiers il fallait choisir pour devenir, selon lui, le maître du monde. Rares sont ceux qui osent affirmer qu'une vie prospère peut être facilement réalisable, en suivant une quantité de conseils avisés ; la plupart des quidam vous assureront - sans doute à raison - qu'une bonne part de chance a sa place là-dedans. Toutefois, mon père était persuadé qu'en suivant à la lettre un certain nombre de préceptes, de formules toutes faites, il était certain qu'on deviendrai riche. Au fond, je n'en sais rien, peut-être qu'il avait raison.

Sa passion pour les succès monétaires remontait sans doute du temps où il avait manqué d'argent et qu'il s'était aperçu de la difficulté de vivre. Pendant un ou deux ans (lui, dans ses récits, prétendait plutôt trois), il avait connu même parfois de la difficulté à se nourrir convenablement, lorsqu'il terminait son apprentissage, après avoir fui de chez son père.

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